" Ils sont nombreux ceux qui nous donnent des mots pour répondre au Christ."

 

La réaction de Pierre aux paroles du Christ sur la souffrance est révélatrice de la mentalité des premiers disciples et de ce que les chrétiens vivent encore depuis la venue du Christ. On sent la difficulté de le reconnaître dans la totalité de sa personne et de son expérience humaine. On a trop souvent fait l'économie de son humanité pour se sécuriser dans des affirmations trop vite faites. Jésus est messie, il est le Christ. Or, tout comme les disciples, chacun de nous a besoin de faire le cheminement nécessaire pour en arriver à dépasser les affirmations, fussent-elles de foi, pour rejoindre l'expérience qui est première et sans laquelle ces affirmations n'ont pas tout leur sens. Nous avons tous à faire le passage d'un christianisme où on a l'habitude de l'affirmation facile, un christianisme qui a réponse à tout, vers un christianisme où on rend compte, à travers une expérience difficile, de notre appropriation de la « mentalité » de Jésus. 

Qui est notre Christ? Une projection psychologique, un idéal moral, un principe abstrait, un personnage du passé, ou bien le fils aimé du père qui partage en tout notre condition d'homme voué a la mort et livré au bon plaisir de celui qui seul peut ressusciter les morts ? 

Une somme de connaissance acquises sur lui ne remplacera jamais la connaissance personnelle de Jésus, le partage sans cesse plus entier de sa vie, jusqu'à se perdre soi-même, jusqu'à rencontrer un jour, avec lui, sa croix, la croix : lieux de vérité pour le chrétien, test qui vérifie si l'on est bien disciple de ce messie inattendu, caché sous les traits d'un serviteur souffrant. Partager la vie de celui qu'on aime, n'est-ce pas la logique même de l'amitié? C'est à cette vocation d'amitié avec Jésus que nous sommes conviés. Car la question de Jésus, « Qui suis-je ? », est toujours actuelle.

 

P. Aymar